MARIAGE DE WILLIAM ET KATE - LES TROIS CONCEPTIONS DE LA FIDELITE D'APRES ERIC FUCHS
4 Mai 2011 , Rédigé par CODEF246 Publié dans #FRUCTIFIE - LE JEU DE LA VIE
"Je te promets de te rester fidèle jusqu'à ce que la mort nous sépare."
C'est ce que l'époux et l'épouse se promettent le jour de leur mariage. Promesses hypocrites, langage légaliste, ou insignifiant à force d'inconscience ? Qu'est-ce donc que la fidélité ? On peut l'envisager sous 3 aspects différents :
1° Le premier appartient probablement à une société en voie de disparition. La fidélité y est pensée et vécue surtout comme une fidélité à un engagement passé. L'accent est mis sur la continuité institutionnelle plus que sur la qualité de la relation des deux parties en cause. Liée à un type de société caractérisée surtout par des besoins de stabilité, cette conception de la fidélité se retrouve aussi bien dans la société féodale, construite sr le lien d'alliance entre le seigneur et le vassal, que dans la société bourgeoise, où la fidélité est liée à la propriété de biens, dont on a le droit exclusif de "jouir", par analogie avec sa femme.
Cette perspective met l'accent davantage sur la continuité et la stabilité et tend donc à protéger les individus des risques de la liberté. Etre fidèle c'est être lié. L'individu s'y soumet aux besoins de la société. Il en reçoit en contrepartie une sécurité plus grande.
Cette conception favorise souvent l'hypocrisie et entre en conflit avec les besoins réels de l'individu et de son évolution.
2° Un nouveau discours se fait entendre. La fidélité y est décrite en termes de fidélité à soi-même, de développement harmonieux, d'épanouissement de l'individu. Ce qui est posé d'abord c'est la liberté du sujet aussi bien pour soi que pour le partenaire de la relation. L'engagement pris est celui d'un contrat dont les termes prévoient que les partenaires peuvent constamment en modifier le contenu en fonction de leur situation. On a passé de la propriété foncière stable et exclusive à un autre système fondé sur l'idéologie capitaliste de la fluidité de l'argent. Comme on place son argent là où il rapporte le plus et qu'on le retire dès que l'investissement n'est plus rentable, on "place" son désir là où il peut "rendre" le plus, c'est-à-dire favoriser le plus l'épanouissement personnel. Si l'autre est un obstacle à cet épanouissement, il vaut mieux l'écarter.
Cette conception ne lie pas le présent au passé mais bien le passé au présent. Ce qui a été librement décidé autrefois est jugé à l'aune de ce qui se vit aujourd'hui. Elle permet donc de s'adapter avec souplesse aux aléas d'une évolution personnelle mouvante. Le présent importe ici plus que le passé et plus que l'avenir. Une telle position est la traduction sur le plan de la morale de l'idéologie de la société capitaliste de consommation. Elle exprime l'incapacité où se trouve l'homme de cette société de consommation d'endurer le réel dans l'espérance d'une promesse.
3° Eric Fuchs propose une 3e voie : l'utopie de la fidélité fondée sur les notions de projet et de limite, une volonté de s'inscrire dans un projet commun. Les deux époux se considèrent comme les mutuels témoins de ce projet qui n'est que la constitution même du couple. Le partenaire conjugal est le sens même du projet en tant qu'il est lui assi lié, engagé dans la même histoire à faire.
Ainsi, le couple, dans cette perspective, n'est ni le résultat d'un contrat passé, ni la confrontation permanent de deux libertés qui se gardent autonomes, mais cette réalité nouvelle, cette "personne" nouvelle qui résulte de l'échange de deux êtres qui acceptent de se reconnaître mutuellement comme leur promesse et leur limite. C'est le futur qui se donne comme le possible de l'accomplissement du projet. Le passé permet de mesurer le chemin parcouru mais il n'et plus déterminant pas plus que le présent qui trouve son sens de son ouverture sur l'avenir.
D'après Eric FUCHS - LE DESIR ET LA TENDRESSE