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LE MAHABHARATA

28 Juillet 2017 , Rédigé par CODEF246 Publié dans #TEXTES ET POEMES, #MYTHES ET RELIGION VIDEOS

Après mon voyage au Cambodge, j'ai tenu à relire l'épopée du Mahabharata dans les versions de Jean-Michel PETERFALVI avec des commentaires de Madeleine Biardeau et de Jean-Claude Carrière. Voici un texte que j'ai retenu dans la 1ère version et qui est repris simplifié par Bhisma dans la seconde :

10 – L’ALLEGORIE DE VIDURA – LA REINCARNATION

 

Un brahmane qui parcourait une immense forêt inaccessible arriva un jour dans une autre grande forêt inaccessible peuplée d’animaux carnassiers. Elle était terrifiante car les lions, les tigres, les éléphants et les ours qui y abondaient la remplissaient de leurs cris. Des mangeurs de chair épouvantables aux formes gigantesques et terribles y pullulaient de tous côtés. Yama lui-même aurait tremblé de peur en voyant cet endroit.

A la vue de cette forêt, le cœur du brahmane fut saisi d’une grande frayeur. Il en eut la chair de poule et présenta tous les signes de l’émotion. Il erra dans cette forêt en courant ça et là et en regardant dans toutes les directions, se demandant où chercher refuge.

Terrorisé, il courut à la recherche d’une faille parmi les créatures mais il ne parvint pas à sortir pour distancer ces êtres ni à se mettre hors de leur portée. Il s’aperçut alors que cette terrible forêt était complètement enveloppée d’un filet maintenu en place par les deux bras d’une femme horrible à l’extrême. L’immense forêt était pleine de serpents à cinq têtes dressés comme des montagnes et de grands arbres montant jusqu’au ciel. Au milieu de cette forêt était dissimulé un trou d’eau recouvert d’épaisses lianes cachées par des herbes.

Le brahmane tomba dans ce trou d’eau caché à la vue mais resta accroché aux lianes étroitement entrelacées comme le gros fruit d’un arbre à pain au bout de sa tige. Il resta donc suspendu les pieds en haut et la tête en bas mais dans cette position, d’autres dangers le menacèrent encore. Il aperçut au fond du puits un énorme naga à la force extraordinaire. Il vit aussi un immense éléphant à six têtes et à douze pieds, noir et blanc, qui tournait autour de la margelle du puits en s’approchant peu à peu de l’orifice couvert de lianes et de branches.

Alors que le brâhmane était pendu aux branches d’arbres, de redoutables et effrayantes abeilles de toutes sortes se tenaient dans les rameaux. Les habitantes de la ruche ne cessaient de goûter à ce miel qu’elles avaient collecté auparavant et qui était délectable pour toutes les créatures mais attirait ceux qui étaient dans l’ignorance. Des flots abondants de ce miel coulaient vers le bas.

L’homme suspendu se mit à en boire continuellement et son avidité ne diminuait pas malgré sa situation critique. Il en voulait toujours plus sans jamais être rassasié. Cependant, il ne désespérait pas de sa vie. Même dans cette situation, il espérait toujours vivre. Des rats noirs et des rats blancs rongeaient le pied de l’arbre (où le brâhmane était accroché). Cinq dangers le menaçaient :

  • Les fauves de cette forêt impénétrables,
  • La femme terriblement effrayante,
  • Le naga au fond du puits,
  • L’éléphant qui était au bord
  • Et la chute de l’arbre rongé par les rats.

Un sixième grave danger était constitué par les abeilles avides de miel.

Il resta dans cette situation, jeté dans l’océan du samsara, sans perdre pour autant l’espoir de vivre.

 

Il s’agit d’une allégorie qui permet à l’homme d’atteindre le bien dans les autres mondes dit Vidura.

La première forêt est le grand samsara (cosmique) tandis que la forêt inaccessible (où le brâhmane est allé ensuite) est la profondeur du samsara (terrestre). Les bêtes féroces représentent les maladies.

La géante qui se trouve là est appelée Jara (« Décrépitude ») par les sages. Elle détruit la forme et la beauté.

Le puits est le corps des êtres vivants.

Le grand serpent habitant le fond du puits est le Temps qui détruit tous les êtres incarnés. C’est le Destructeur universel.

Les entrelacs de lianes sur le puits où l’homme suspendu est accroché sont le désir de vie des créatures.

L’éléphant à six têtes qui est au bord du puits et tourne autour de l’arbre est l’année. Ses têtes sont les (six) saisons et ses pieds les douze mois.

Les rats et les serpents qui rongent l’arbre doivent être considérés comme les jours et les nuits des créatures.

Les abeilles figurent les désirs. Les abondantes coulées de miel doivent être comprises comme les plaisirs, venant de la satisfaction des désirs, où les hommes sont engloutis.

Ainsi tourne la roue du samsara comme le savent les sages. Ceux-ci, par cette connaissance, coupent les liens qui les y retiennent.

Les sages qui en entendent parler sont libérés du monde de la transmigration. De même que le voyageur parcourant un long chemin est contraint par la fatigue à des pauses répétées, l’homme de peu d’intelligence, dans le cours du samsara, doit faire des pauses en séjournant dans de nouvelles matrices (pour renaître ensuite). Mais les sages se libèrent de cette obligation.

 

 

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