Overblog Tous les blogs Top blogs Emploi, Enseignement & Etudes Tous les blogs Emploi, Enseignement & Etudes
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

FRUCTIFIE - LE JEU DE LA VIE 59 - LA DOUCEUR - LES MOINES DE TIBHIRINE

18 Juin 2009 , Rédigé par CODEF246 Publié dans #FRUCTIFIE - LE JEU DE LA VIE

 

VENDREDI - 5e JOUR

LA DOUCEUR

RECHERCHER

LA FAIBLESSE DESARME LA VIOLENCE

LES MOINES DE TIBHIRINE (suite)

par M. JM ROUART

 Le 24 décembre 1993, tandis que les moines préparent Noël, six islamistes armés ouvrent la porte à coups de pied et font irruption dans le monastère. À leur tête, Sayah Attia qui vient d?assassiner quelques jours plus tôt, de manière atroce, douze ouvriers croates qui avaient pris l?habitude de fêter Noël au monastère. Le prieur, Christian de Chergé, leur demande de sortir afin que les armes ne troublent pas la paix du lieu. Ils finissent par lui obéir. Leur chef, hérissé de vindicte et de fanatisme, est un fauve indomptable. Les moines regardent ses mains : ils croient y voir le couteau ensanglanté qui a mutilé leurs amis croates. Sayah Attia soumet au prieur trois exigences que les moines ne peuvent accepter sans se renier. À chaque demande Christian de Chergé répond avec affabilité et fermeté « non » ou « pas comme ça ». Devant ce refus, Sayah Attia emploie l?argument auquel nul n?a jamais résisté devant lui. Menaçant, il s?exclame : « Vous n?avez pas le choix. » Mais la réponse qu?il entend doit ouvrir en lui un abîme de perplexité. « Si, dit le prieur, j?ai le choix », signifiant ainsi que la menace de la mort ne lui ôte en rien l?exercice de sa liberté. Et peut-être raffermi à l?idée d?avoir troublé ce c?ur qui ne connaît que la haine, le prieur poursuit : « Nous sommes en train de nous préparer à célébrer Noël, et Noël pour nous, c?est la naissance du Prince de la paix et vous venez, comme ça, en armes. » Sayah Attia, confus, murmure : «  Excusez-moi, je ne savais pas. » Il serre la main des moines et s?en va. Quelques mois plus tard, tombant dans une embuscade organisée par « les frères de la plaine », il mourra après une longue agonie. Étrangement, il ne fera pas appel au moine médecin qui, bien sûr, l?aurait soigné. Arrêté par quel sentiment nouveau de dignité ou de noblesse ? Nous ne le saurons jamais.

     Les moines venaient de voir passer l?ange de la mort. Mais cette visite qui les avait rempli d?effroi, leur avait aussi donné confiance. Ils avaient senti poindre dans le c?ur de ce criminel une sorte de lueur.

     « D?abord, s?exclamèrent-ils presque joyeux, il ne nous a pas tués. » C?est dire si peu de chose suffisait à réchauffer leur espérance. Cet affrontement venait de leur apporter la confirmation de ce qu?ils pensaient : ils étaient protégés par leur faiblesse. Elle désarmait la violence.

    

 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article