FRUCTIFIE - LE JEU DE LA VIE 61 - LA DOUCEUR - RECHERCHER
VENDREDI - 5e JOUR
LA DOUCEUR
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LA DOUCEUR EST LA REPONSE A LA VIOLENCE
Les moines de Tibhirine sont morts mais leur exemple ne sera pas inutile. Ils ont mis en pratique leurs convictions et montré que la violence pouvait être mise en échec.
C'est la seule solution. Ceux qui n'y croient pas et dévalorisent cette voie se trompent lourdement.
Le judaïsme a commencé à refuser la loi du talion : oeil pour oeil, dent pour dent, ce qui était un progrès mais le christianisme est allé plus loin en préconisant l'amour des ennemis.
C'est grâce au comportement de tous ces témoins de paix de plus en plus nombreux que la violence reculera et ne sera plus qu'un vestige du passé d'hommes barbares qui se croient forts parce qu'ils tuent qu'il s'agisse de la force physique ou de la force intellectuelle.
Le pouvoir, c'est quand celui qui a le pouvoir de tuer ne le fait pas a dit Oskar Schindler.
FRUCTIFIE - LE JEU DE LA VIE 59 - LA DOUCEUR - LES MOINES DE TIBHIRINE
VENDREDI - 5e JOUR
LA DOUCEUR
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LA FAIBLESSE DESARME LA VIOLENCE
LES MOINES DE TIBHIRINE (suite)
par M. JM ROUART
Le 24 décembre 1993, tandis que les moines préparent Noël, six islamistes armés ouvrent la porte à coups de pied et font irruption dans le monastère. À leur tête, Sayah Attia qui vient d?assassiner quelques jours plus tôt, de manière atroce, douze ouvriers croates qui avaient pris l?habitude de fêter Noël au monastère. Le prieur, Christian de Chergé, leur demande de sortir afin que les armes ne troublent pas la paix du lieu. Ils finissent par lui obéir. Leur chef, hérissé de vindicte et de fanatisme, est un fauve indomptable. Les moines regardent ses mains : ils croient y voir le couteau ensanglanté qui a mutilé leurs amis croates. Sayah Attia soumet au prieur trois exigences que les moines ne peuvent accepter sans se renier. À chaque demande Christian de Chergé répond avec affabilité et fermeté « non » ou « pas comme ça ». Devant ce refus, Sayah Attia emploie l?argument auquel nul n?a jamais résisté devant lui. Menaçant, il s?exclame : « Vous n?avez pas le choix. » Mais la réponse qu?il entend doit ouvrir en lui un abîme de perplexité. « Si, dit le prieur, j?ai le choix », signifiant ainsi que la menace de la mort ne lui ôte en rien l?exercice de sa liberté. Et peut-être raffermi à l?idée d?avoir troublé ce c?ur qui ne connaît que la haine, le prieur poursuit : « Nous sommes en train de nous préparer à célébrer Noël, et Noël pour nous, c?est la naissance du Prince de la paix et vous venez, comme ça, en armes. » Sayah Attia, confus, murmure : « Excusez-moi, je ne savais pas. » Il serre la main des moines et s?en va. Quelques mois plus tard, tombant dans une embuscade organisée par « les frères de la plaine », il mourra après une longue agonie. Étrangement, il ne fera pas appel au moine médecin qui, bien sûr, l?aurait soigné. Arrêté par quel sentiment nouveau de dignité ou de noblesse ? Nous ne le saurons jamais.
Les moines venaient de voir passer l?ange de la mort. Mais cette visite qui les avait rempli d?effroi, leur avait aussi donné confiance. Ils avaient senti poindre dans le c?ur de ce criminel une sorte de lueur.
« D?abord, s?exclamèrent-ils presque joyeux, il ne nous a pas tués. » C?est dire si peu de chose suffisait à réchauffer leur espérance. Cet affrontement venait de leur apporter la confirmation de ce qu?ils pensaient : ils étaient protégés par leur faiblesse. Elle désarmait la violence.







