Dr Bernard SENET
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Velleron, le 23 Décembre 2009
LETTRE OUVERTE AU PREFET DE VAUCLUSE
Copie à Mme le procureur de Vaucluse
Et à Mr le directeur de la police
Monsieur le préfet, Mon activité professionnelle m’a récemment permis d’accéder malgré moi et de
façon répétée à des informations que je ne peux garder pour moi ; elles sont bien entendu formellement protégées par le secret médical.
La première concerne un jeune homme, interpellé dans la rue, en possession de cannabis ; les policiers l’ont brutalement poussé à l’arrière d’un véhicule, obligé à s’allonger entre les deux
sièges, puis se sont assis et l’ont bourré de coups de pieds durant tout le trajet jusqu’au poste. Il a finalement été condamné à une amende et une obligation de soins qui l’a amenée vers
moi.
La seconde m’a été rapportée par un autre homme jeune ; contrôlé dans la rue avec des copains, il présente ses papiers (qui sont en règle) avec moins de rapidité que les autres et se retrouve
donc au poste où il est entièrement déshabillé, fouillé au corps, dont un toucher anal (avec gants), insulté et frappé au niveau du ventre et des organes génitaux. Il est ensuite abandonné dans
une rue, un peu l’écart, avec son tas de vêtements et ses blessures.
Le troisième est moins jeune, ouvrier agricole et père de deux enfants. Il sort d’un bar, sans doute alcoolisé mais il n’est ni violent, ni bruyant ; une patrouille de police passe par là,
l’interpelle et le frappe. Devant l’importance des lésions et des saignements, les policiers l’emmènent aux urgences. Le bilan est lourd : fracture d’os de la face avec paralysie oculaire et de
l’os temporal avec surdité et vertiges comme séquelles. L’alcoolémie est positive (dosée chez le patient !) ce qui déclenche une injonction thérapeutique (pour le patient) ; de toute façon il a
besoin de soins pour quelques mois d’autant que le choc a décompensé une psychose imposant un suivi et un traitement psychiatrique dont le coût familial et humain est difficile à chiffrer à ce
jour.
Ces trois patients ont certains points communs :
- ils sont « basanés », d’origine maghrébine
- les policiers en cause lors des interventions les ont menacés s’ils portaient
plainte et ont eux-mêmes porté plainte pour outrage contre représentants de l’ordre public dans l’exercice de leurs fonctions
Comme médecin, je me dois de vous informer de tels comportements qui
menacent la sécurité des citoyens. Dans ces situations, les policiers n’avaient pas face à eux des personnes dangereuses ; ils ont nettement abusé de leur supériorité en nombre et surtout de leur
pouvoir ; ils ont utilisé sans raison la violence risquant d’entraîner chez leurs « victimes » des comportements de frustration ou de vengeance, voire plus grave chez le dernier, mettant
finalement en cause leur rôle sécurisant.
L’impunité totale des violences policières et la pénalisation de leurs victimes risquent de conforter nos concitoyens dans l’idée que la police n’est plus le garant de la tranquillité mais un des
vecteurs de la violence collective. Les dégâts secondaires à ces comportements concernent des familles, des jeunes et de nombreux professionnels du monde social, associatif, éducatif, etc... qui
disent comprendre, voire accepter que police et justice ne soient plus les référents de la sécurité de tous.
Ces témoignages m’ont été confiés spontanément comme médecin, leur réalité est certaine, encore plus au regard des séquelles entraînées ; les conséquences individuelles sont très lourdes mais ce
qu’ils révèlent concerne tout l’équilibre de notre société dont nous partageons tous la responsabilité.
Veuillez croire, monsieur le préfet, en mes salutations distinguées,
Dr Bernard SENET